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17/01/2017

« Je serai aviateur »

Nous sommes en « campagne fusée » depuis 4 jours. C’est mon deuxième vol de la journée. Les Mirages IIIE sont équipés de la fusée d’appoint SEPR 844 qui délivre 1t5 de poussée supplémentaire pendant 80 sec. Elle est utilisée pour permettre des interceptions à très haute altitude (˃ 65000ft) et en haut supersonique (Mach 1,6 à 2,1).combistrato.PNG

Je suis habillé d’une combinaison spatiale et d’un casque stratosphérique. Cet équipement est nécessaire en cas de dépressurisation du cockpit ou d’éjection à très haute altitude.

Au cours de ce vol d’entraînement, je dois intercepter un MIIE de la 2ème escadre (Dijon), il sera à 60000ft/Mach 1,8. C’est Riesling qui coordonne le décollage des 2 avions et assure le guidage radar pour une interception en « face à face ». Je serai en montée à Mach 1,6, 40° à la boule, environ 30000ft/mn au vario !

J’ai juste un peu plus de 2000L de carburant car le MIIIE est en configuration lisse, sans bidons supplémentaires sous les ailes. Le vol ne durera pas plus de 30mn.

Aidé par le « pistard » je m’installe dans le cockpit et me brêle sur le siège. Le décollage est prévu dans 15mn. C’est alors que, par l’intermédiaire des OPS, Riesling me fait savoir que le plastron est en panne et ne décollera donc pas de Dijon. Les OPS ajoutent : « tu décolles quand même, tu as liberté de manœuvre dans la zone de Riesling ».

OUHAAA ! Merci les OPS !

Le mécano me montre les 5 sécurités du siège éjectable, je ferme la verrière, mets en route et 2mn plus tard m’aligne sur la piste et lâche les freins et la purée !

Plein pot, PC mini, vérifications des voyants, du pendulage du tachy, de la T4 puis PC max ! C’est parti !

Depuis que je suis pilote de chasse, ma vie est une succession de jouissances extrêmes mais, ce jour-là, je vais vivre un moment qui restera à jamais gravé dans ma mémoire. J’ai décidé de refaire le coup de Chuck Yeager dans l’Etoffe des héros.

Cap 300 sur les Vosges j’accélère à 450kts, passe au ras du Grand Ballon encore enneigé. Le nez dans le ciel j’effectue 2 ou 3 tonneaux pour exprimer toute ma joie d’être là, au milieu du ciel qui est clair, sans aucuns nuages. Déjà, la Terre s’éloigne, à moi l’immensité de l’espace.

En à peine 2 mn et 30 sec, j’atteints la tropopause qui est aujourd’hui à 36000ft. Toujours plein pot PC, je franchis11-34.jpg le Mach sans aucunes contraintes. A Mach 1,4, la survitesse s’enclenche. J’affiche alors 40° à la boule et allume la fusée qui se met à crépiter. Boum ! C’est parti. Mach 1,6, 1,8.

L’altimètre s’affole. Difficile de suivre les aiguilles qui tournent comme les ailes d’un moulin à vent un jour de mistral. D’ailleurs, je ne regarde plus l’intérieur du cockpit, juste un œil sur le chrono pour savoir où en est la fusée.

50000ft, 60000ft, je monte de 10000ft toutes les 20 secondes. Je coupe la PC pour économiser le pétrole et éviter de trop surcharger l’ATAR9C. 65000ft, la combinaison spatiale commence à se gonfler. Le MIIIE continue de monter. Assis sur la fusée, je voudrais que ça ne s’arrête jamais.

À 70.000ft, le ciel devient bleu foncé et il me semble apercevoir quelques étoiles alors qu’on est en plein jour. Je vois passer 72000ft.

Ensuite mes souvenirs sont diffus. Je me souviens que tout à coup le silence m’a envahi. La fusée s’est arrêtée. Ai-je dépassé 75000ft, la limite d’utilisation du MIIIE en configuration lisse ? J’ai laissé retomber le nez du Mirage, la Terre est apparue, au loin l’horizon était noyé dans une brume blanchâtre. Est-ce la rotondité de notre planète que j’ai aperçue ? Oui, sans doute, je veux le croire.

guidéparlesoleil3 (2).jpgQuand j’étais gamin, je devais avoir 7 ou 8 ans, il y avait dans mon école la distribution des prix à la fin de l’année scolaire. Les parents étaient présents, les enfants réunis sur l’estrade. J’ai été appelé pour recevoir un prix dont je ne me souviens plus de la nature. Lorsque le maître ou la maîtresse m’a demandé « que feras-tu plus tard ? » j’avais fièrement répondu, dressé sur la pointe des pieds : « je serai aviateur ! ». J’ai effectué mon premier vol sur Piper J3 le jour de mes 16 ans. Dans ma prochaine vie je serai cosmonaute.

Je mets le cap sur la base que je situe sans problème au loin derrière le relief des Vosges. Je rentre sur la pointe des pieds car je n’ai plus beaucoup de pétrole. A 50000ft je réduis le réacteur et finis la descente à 350kts. Arrivée direct en vent arrière car il fait un temps de curée, atterrissage, retour sur le plancher des vaches*. Durée du vol 25mn.

Au parking, je reste un long moment dans le Mirage, ayant du mal à quitter cet avion que j’ai mené « dans les jardins suspendus de l’azur » à des altitudes que « ni l’alouette ni même l’aigle n’ont jamais survolées ». J’y suis encore…

06:05

21/12/2016

Rencontre d'un nouveau type (2)

Il est 4h du matin à Cayenne. Nous sommes arrivés la veille en fin d’après-midi. Lors d’une escale courte, je reste à l’heure de la maison, il est donc 9h pour moi. Je sors dans les jardins pour observer le ciel. Lorsque le Soleil se lèvera, j’irai courir sur la plage. Je repère facilement les PLÉIADES, ALDEBARAN, CAPELLA et CASSIOPÉE car le ciel est clair et il n’y a pas de pollution lumineuse. Avec mes jumelles 7x50 je pointe cette partie du ciel. La présence d’arbres limite la zone d’exploration. La vision binoculaire des jumelles donne un grand confort d’observation. On voit le ciel en 3 dimensions. Les 7x50 offrent un bon compromis entre la luminosité et le grossissement et puis on peut les emporter partout. Elles sont dans ma sacoche quand je pars en vol. Avec elles, j’ai observé le ciel partout autour de la planète. Quand on approchait de l’hémisphère sud, en volant vers l’île de La Réunion par exemple, j’étais impatient de repérer la Croix du Sud. Au début de nos rotations vers Saint Denis, nous restions plusieurs jours sur place. Je partais en rando dans le cirque de Mafate. Là-bas, pas de bagnoles. J’ai passé des nuits à observer le ciel austral et ses merveilles.

J’ai aussi des 20x80 mais elles sont trop grosses pour les utiliser sans un trépied. Je n’ai jamais eu et je n’aurai jamais de télescope ou de lunette astro. Deux yeux, une paire de jumelles, un cherche-étoiles et un atlas me suffisent.

Donc, ce matin-là à Cayenne, je pointe les PLÉIADES avec mes jumelles et j’ai la surprise (le choc…) de repérer une forme noire, rectangulaire qui se déplace lentement en occultant les étoiles. Elle se dirige vers ALGOL selon une route orientée au 330° environ. Aucune lumière, aucun flash. Ses dimensions dans le champ de mes jumelles sont de 1cmx0,5cm. Ce n’est pas un satellite (j’en ai vu des centaines), ce n’est pas la station spatiale (je l’ai vue passer plusieurs fois), c’est autre chose. Je suis sa progression pendant près d’une minute, puis elle disparait au-dessus des arbres

Voilà le dessin que j’ai fait aussitôt.

objet5.PNG

A force de voler sous les étoiles, d’observer le ciel avec passion, de me plonger dans des bouquins de cosmologie ou cosmogonie, j’ai acquis la conviction que la Vie est partout dans l’Univers et que, contrairement à ce que l’on affirme dans les milieux « officiels », nous ne sommes ni le centre du monde ni isolés au milieu de l’infini. Notre Soleil est une étoile banale parmi des milliards d’étoiles et notre Galaxie a sans doute une Histoire écrite depuis la nuit des temps.

Le 17 février 1600, Giordano BRUNO, philosophe italien, défenseur de la liberté de conscience a été brulé vif par la « très sainte » église catholique pour avoir affirmé la pluralité des mondes habités. Où en sommes-nous aujourd’hui ? L’Inquisition fait toujours ses ravages pour protéger les « valeurs » d’un système qui a, depuis longtemps, fait la preuve de sa stupidité. Le jour où nous admettrons que, depuis sans doute très longtemps, nos amis voyageurs de l’espace nous rendent visite, ces valeurs tomberont… enfin !

13:53

Rencontre d'un nouveau type (1)

carte.PNGIl est 00h32TU, position 27°35'N/33°35'W (environ 22h30 Loc.). Nous avons décollé de Cayenne à 20h53TU. La navigation au niveau de vol 330 est bien contrôlée, tout se déroule normalement. Nous sommes 3 dans le cockpit du DC10 : Le pilote Éric T. est en place droite, l’OMN Patrice H. est assis entre nous deux. SATURNE est levée depuis un peu plus d’une heure (α=2h09mn, δ +10°) et JUPITER est pratiquement au point γ. Aviateur depuis une trentaine d’années, j’ai eu l’occasion d’assister à de nombreux phénomènes d’origine cosmique, astronomique ou météorologique et à quelques rentrées atmosphériques de trajectoires radicalement différentes de celle du phénomène qui va bientôt apparaître. J’ai toujours mes jumelles 7x50 à proximité, prêtes à l’emploi.

Les plus beaux spectacles que j’ai pu admirer dans ma carrière de pilote sont les aurores boréales lors de vols vers Anchorage par le pôle nord, Los Angeles par le sud du Groenland ou Tokyo en survolant la Sibérie. Magnifiques ! Elles nous accompagnaient une bonne partie de la nuit. Je n’ai pas vu d’aurores australes, n’ayant jamais volé au-delà des latitudes sud de l’île de La Réunion ou Sydney.

Au cours d’un vol de nuit, je réduits la lumière dans le cockpit pour pouvoir repérer facilement les avions pouvant générer un conflit ou les masses nuageuses dangereuses ou inconfortables genre Cb. Cette nuit-là, le ciel est clair, la Lune est déjà couchée (elle est proche du Soleil, à son premier croissant), les conditions pour observer le ciel sont donc optimales.

Éric annonce un point lumineux à 10h légèrement au-dessus de l’horizon. Tous les regards convergent dans cette direction. C’est approximativement l’endroit ou CAPELLA devrait se lever mais il est encore trop tôt. L’objet semble se déplacer car sa luminosité augmente. En effet, rapidement, on distingue 3 points brillants suivi d’un autre d’une intensité moindre, laissant derrière eux une longue trainée de lumière sur 20° environ. Le groupe d’objets est entouré d’un rayonnement presque blanc. Le phénomène est apparu sous la POLAIRE, donc au nord.

La surprise est maximale dans le cockpit. Avec les jumelles je pointe les objets et j’annonce : « Il y en a 6 ! », car le quatrième point moins lumineux est composé de 3 objets bien séparés.

La trajectoire est horizontale, rectiligne et les objets restent groupés. Ils passent devant nous avec une vitesse très élevée légèrement au-dessus de l’horizon à une distance que nous estimerons ensuite entre 10 et 15 Nm (?). Avec les jumelles, je ne distingue pas de détails particuliers mis à part le fait que les objets laissent derrière eux un sillage très lumineux de forme conique. Sachant qu’avec mes jumelles 7x50 j’ai pu résoudre le 4ème objet moins lumineux en trois parties, la distance ne devait pas être très importante.

Dessin lors de l’observation.

objets3.PNG

objets4.PNGAu passage à midi, la magnitude estimée est -5/-6. Le groupe des 6 objets est visible 10 secondes environ. Ils disparaissent rapidement vers l’Est dans la direction de SATURNE, toujours légèrement au-dessus de l’horizon avec une route vraie proche de 130°. Pendant toute l’observation, mes jumelles sont restées horizontales. Nous avons signalé l’observation sur la fréquence d’auto-info. Un autre vol a confirmé le phénomène sans donner plus de précision.

J’ai envoyé un rapport au CNES. Le GEPAN est chargé de recueillir les comptes rendus d’observations des phénomènes aérospatiaux non identifiés. Nous avons un document de ce type dans la documentation de bord.

Pour le GEPAN, il s’agit d’une rentrée atmosphérique provoquée. L’angle de pénétration est très faible ce qui donne l’impression que la trajectoire est horizontale. Le halo lumineux est provoqué par l’ionisation des particules entourant les objets et la longue trainée lumineuse provient de la combustion du matériau. Les objets en pénétration provoquée dans l’atmosphère se désintègrent vers 80 km d’altitude. Pour nous, ils étaient beaucoup plus bas. Ils ont interrogé le NORAD qui a répondu qu’il n’y avait pas eu de rentrée atmosphérique provoquée cette nuit-là.

11:15

 
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