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18/08/2011

AF 447 : « Théâtral » par Eolien

(Merci NOBER)

Acte I : La syncope des filles de monsieur Pitot

 

A 35 000 pieds, tout va très bien, un avion qui est réputé invulnérable car il ne peut pas décrocher, pénètre dans une masse de cristaux de glace. Les pilotes ont une réaction adaptée en mettant le dégivrage moteur en fonctionnement forcé : position "Ignition".
Las, la glace qui s'accumule bouche les sondes Pitot et l'avion perd toute référence de vitesses.

Le pilote automatique, privé de ce soutien indispensable, se déclare inapte et rend la main aux pilotes.

Les calculateurs des commandes de vol font de même et passent en loi dégradée, l'Alternate Law aux conséquences désastreuses encore masquées.

En Alternate law, la protection fortes incidences basée sur des informations de vitesses devient inactive et est remplacé par une loi "secours" qui s'active 10 kt au-dessus de l'alarme de décrochage. Autant dire que cette loi qui aurait envoyé un signal à piquer ne pourra plus s'exercer puisque fondée sur la vitesse.

Une à une les protections sensées protéger l'avion du décrochage ont été éliminées.

 

Acte II : L'impossible décrochage

 

Pour une raison qui restera probablement à jamais incompréhensible le pilote qui tient le manche le tire un peu trop en arrière et l'avion grimpe sacrifiant sa précieuse vitesse pour une altitude dont il n'a nul besoin.

Le cockpit de l'avion est éclairé de lumières blanches, oranges, rouges qui crient leur malaise : tout va mal !

Des phrases s'affichent sur les écrans, toutes porteuses de mauvaises nouvelles : "AP OFF ! Alternate Low ! Low Speed !"

Des croix jaunes remplacent des signaux verts, des klaxons retentissent bruyamment.

Les vitesses déroulent à toute vitesse, dans un non sens aberrant. L'altimètre déroule, le vario part en flèche.

Activé par les sondes d’incidence, l'amarre de décrochage s'active et hurle son signal : "STALL ! "

Surpris dans sa réflexion le pilote ne réagit pas, cherchant encore à comprendre le sens de toute cette perversité : l'indécrochable décroche, et s'enfonce, presque insensiblement : c'est la chute.

 

Acte III : La trahison

 

Bien que peu cabré, l'accélération de la chute a un résultat pervers : l'incidence, cet angle que font les filets d'air avec l'avion augmente.

Lorsque il dépasse 30 °, une protection enfouie au cœur du système, la loi "Attitude Avion Anormale", se déclare et stoppe le Trim automatique. Positionné à une valeur extrême, il y restera figé jusqu'à la fin.

La chute de l'avion s'accélère, les pilotes voient les vitesses indiquées dérouler des valeurs qui n'ont aucun sens, les check-lists s'affichent sur les écrans pour être effacées par d'autres, ne leur laissant qu'à peine le temps de lire la première ligne, les signaux d'alarmes se bousculent : tout est aberration.

L'alarme de décrochage s'est tue donnant à croire que l'avion, peut-être, de nouveau, vole ou est pilotable. Le pilote a encore en mémoire les hurlements de l'alarme qui, pendant 54 secondes, une longue minute a hurlé sa menace dans ses oreilles "STALL ! STALL ! STALL !…"

Etait-ce un décrochage haut ou un décrochage bas ?…

La glace a enfin fondue dans les sondes Pitot et les vitesses semblent cohérentes, peut-être …

Les vitesses sont au plus bas, il faut tenter de ré accélérer.

Le pilote pousse sur son manche, le nez bascule vers l'avant, l'avion accélère, la vitesse dépasse 60 kts…

L'alarme de décrochage qu'un ingénieur ingénieux avait fait se taire, se réactive et déchaîne à nouveau sa menace : " STALL !"

Le hurlement surprend le pilote. Quoi ?!… Alors que j'accélère voilà que je décroche !… Mais alors tout est faux ! Ce n'était pas un décrochage bas ! Et par un réflexe bien naturel, le poignet repart vers l'arrière, relevant le nez de l'avion pour poursuivre sa dégringolade vers les flots noirs…

Les yeux fixés sur les écrans, l'angoisse au cœur le deuxième pilote ne comprend rien à ce qui se passe. Il ne sait pas que son collègue a le poignet légèrement fléchit vers l'arrière. Il le suppose pilotant vainement pour essayer de récupérer la situation, car il voit bien le nez haut avec sa maquette inscrite dans le ciel bleu de l'horizon artificiel basculer d'un côté, de l'autre… Il sait que son camarade essaie de le maintenir en ligne de vol.

Croient-ils à l'altimètre qui déroule follement, au variomètre dont l'aiguille devenue orange se précipite vers le bas ?

Croient-ils à tous ces signaux, tous ces cris, toutes ces indications aberrantes ?

Il faudrait du temps, du recul pour en démêler l'écheveau.

10 000 pieds. Dans une minute, s'en sera fini. Les copilotes mélangent leurs actions. L'un pique, l'autre cabre et sans le leur dire, en parfait traître le système annule leurs ordres, leur ôtant leur dernière chance de sauver, peut-être, leurs vies.

Le rideau est tombé. Les trois règles du théâtre, l'unité de lieu, l'unité de temps, et l'unité d'action ont été respectées, pour ce drame triste et inoubliable.

 

Eolien

(à lire aussi sur http://www.crash-aerien.aero/forum/air-france-af447-faits... )

22:20 Écrit par HMC | Commentaires (1)

Commentaires

Très vraisemblable reconstitution. La description exhaustive des alarmes visuelles et auditives, succession de chek list, défaut d'informations et impossibilité de distinguer les vraies des fausses... donne une idée réaliste de la charge de travail et de l'impossibilité d'élaborer cognitivement une action rationnelle.

Écrit par : Manuel - Gestion du stress professionnel | 29/08/2011

Les commentaires sont fermés.

 
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