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24/03/2015

Saga AOA.

(reprise d'une note publiée en janvier 2015)

Suite de la série « débrouillez-vous avec ça ! », une réalisation d’Airbus et de l’EASA. On se souvient que l’épisode précédent concernait le défaut des sondes Pitot de type Thales. 

Présentation :

plaque.jpgLes Airbus A320/330/340 sont équipés de 3 sondes d’incidence (AOA). De façon succincte, les valeurs d’incidence sont utilisées pour l’alarme de décrochage, le calcul des vitesses caractéristiques, de la position du centre de gravité, de la pente air, des lois de commande de vol et pour assurer le contrôle de la gouverne de profondeur, du stabilisateur horizontal et des ailerons. A l'origine, les plaques de fixation des sondes à la cellule sont de forme plate (voir schéma ci-joint).

9 novembre 2012 (AD 2012-0236) : Pour améliorer la protection des sondes d’incidence contre les cristaux de glace, Airbus et l’EASA demandent le remplacement des plaques de fixation de forme plate par des plaques de forme conique (voir photo ci-jointe).

1AoA_Conical_zps8938baab.jpg8 novembre 2012 : suite à un givrage, un A330 de la compagnie Taïwanaise EVA Air subit un blocage des 3 sondes AOA pendant la montée. A haute altitude, le pilote automatique se déconnecte et les calculateurs commandent un ordre à piquer que l’équipage ne peut pas contrer malgré une action maximale à cabrer sur les commandes. L’avion se met en descente avec une forte vitesse verticale. L’équipage a alors le réflexe salvateur de couper les calculateurs ADRs, ce qui entraîne la sortie de la protection d’incidence et permet la reprise du contrôle de l’avion. Cette action, non répertoriée dans les procédures d’urgence, a sans doute permis d’éviter une catastrophe.

4 décembre 2012 (AD 2012-0258-EMERGENCY) : Airbus et l’EASA imposent en urgence aux pilotes (il leur a fallu quand même 15 jours…) une nouvelle procédure « Blocked AOA probes » pour pallier le défaut des sondes d’incidence.

1er février 2013 (AD 2013-0022) : C’est la forme conique des plaques de fixation qui est à l’origine de l’incident grave du 18 novembre 2012. Airbus et l’EASA demandent le remplacement des plaques de fixation de forme conique par... les plaques précédentes de forme plate. Les compagnies ont 5 mois pour se conformer à cette AD. En attendant, ce sont les pilotes d’Airbus A320/330/340 qui, depuis décembre 2012, assument la responsabilité du défaut de cet équipement par l’application d’une procédure d’urgence imposée par l’EASA et Airbus. Ceci est contraire à tous les règlements en vigueur. Si les pilotes ont la responsabilité du traitement des pannes répertoriées par l’application de check-lists, le constructeur et le régulateur ont l’obligation d’éliminer les défauts d’un type d’avion avant de l’autoriser à voler.

5 novembre 2014. Un A321 de la compagnie Lufthansa subit le blocage de 2 de ses sondes d’incidence (givrage). Les conséquences sont les mêmes que pour l’A330 de la compagnie EVA Air le18 novembre 2012. La perte d’altitude est de 4000feet.

9 décembre 2014 (AD 2014-0266-EMERGENCY) : Airbus et l’EASA imposent en urgence aux pilotes (il leur a fallu quand même presque 1 mois…) une nouvelle procédure « Abnormal V alpha Prot ». Cette procédure doit être exécutée en un temps maximum de 15 secondes pour éviter de sortir du domaine de vol. Dans son AD, l’EASA précise « This is considered to be an interim action and further AD action may follow ». Á suivre donc…

Une fois encore, ce sont les pilotes d’Airbus A320/330/340 qui assument la responsabilité du défaut d'un équipement par l’application d’une procédure d’urgence imposée par l’EASA et Airbus !

21:13 Écrit par HMC | Commentaires (2)

Commentaires

HMC,

Merci de tes explications claires,nettes et précises.

Ceci prouve la véracité ce qu'un de nos ainés,brillant pilote d'essais m'avait
déclaré,et qui peut se résumer ainsi:

"Aviation and Administration do not mix".

Écrit par : Erik | 04/02/2015

HMC,

Le paradoxe des technocrates...

Ceux qui estimaient,au début des années 70,devoir "sortir les pilotes de la
boucle du transport aérien",ont réussi au moins cette prouesse,c'est de faire
croire que le transport aérien commercial serait "dangereux",ce qui est loin
d'etre le cas.

Par contre,leur haine de la profession de pilote,qu'ils qualifient soit de
"millardaires",soit d'incompétents,fait qu'ils ont cru arriver à leurs fins par
le biais d'un usage immodéré de systèmes informatiques complexes que
l'on ne maitrise plus vraiment.

Surtout en conditions d'urgence,et à fortiori de détresse.

Les "15 secondes" que l'on donne à un équipage pour analyser et traiter une panne complexe sont totalement irréalistes et font fi de tout "retour -d'expérience" pratique.

Qu'ils continuent ainsi,et l'on verra le résultat,tant en cout humain que matériel.

Écrit par : Erik | 05/02/2015

Les commentaires sont fermés.

 
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